Vendredi 19 octobre 2007
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Souvenez-vous, en 1955, la Régie Renault offre à ses ouvriers une troisième semaine de congés payés et sort ses premières
Dauphine.
Cette mesure (qui sera étendue à tous les salariés par Guy Mollet l’année suivante), est une véritable
révolution.
Bien avant que ne paraisse la loi sur les 35 heures, la gestion des congés se résumait à un jeu d’additions et de
soustractions et tous les systèmes de gestion de personnel étaient dotés en standard d’un module qui permettait d’acquérir des droits et de les consommer. C’était le temps des juilletistes
et des aoûtiens, il suffisait de choisir le mois et de conserver quelques reliquats pour les fêtes de Noël. Bien sûr, il y avait parfois quelques difficultés, comme le passage de temps partiel à
temps complet et vis versa, ou les entrées-sorties en cours de période, mais en respectant quelques règles, la gymnastique était relativement rodée.
Ensuite, les choses se sont compliquées. On a tous connu les congés payés qui donnent droit à congés supplémentaires
lorsqu’ils sont fractionnés. Puis, sont apparus les premiers comptes épargne temps (CET) parfois baptisés plan épargne congés (PEC) ou compte courant de congés différés (C3D) mais peu importe, le
principe étant que, les jours qui ne sont pas consommés viennent alimenter un compteur dans lequel on pourra puiser en cas de besoin, une « poire pour la soif » en quelque sorte. C’est
une avancée importante pour le salarié qui ainsi ne se trouve plus dans l’obligation de solder son reliquat avant la fin de l’exercice et peut accumuler des congés et envisager soit un long
voyage, soit un week-end prolongé ou, pourquoi pas, un départ anticipé en fin de carrière.
A cela, est venu s’ajouter un nombre croissant de motifs divers et variés. Du simple motif de congé de type
« vacances » jusqu’au congé pour création d’entreprise en passant par la naissance d’un enfant, tout semble avoir été prévu pour le bonheur du salarié et le malheur du gestionnaire.
Qu’il soit sabbatique ou pour création d’entreprise, de formation ou sans solde, de maternité ou de paternité, pour événements familiaux, pour enfant malade ou parental d’éducation, pour
conditions de travail pénible, pour local aveugle ou d’ancienneté, le motif de congés est un élément qui fait partie de l’histoire de l’entreprise. Dans certaines sociétés, qui de surcroît ont
connu des périodes de fusions et acquisitions, on arrive à dénombrer plusieurs centaines de motifs de congés différents.
Chaque organisation ayant ses propres particularités en matière de dispositif, il a fallu adapter le système
d’information en fonction des règles en vigueur. C’est ce que l’on appelle, dans le jargon du progiciel, faire du « spécifique ». Ainsi, les paramétreurs « maison » ont
commencé à codifier des règles de plus en plus abscons : tel compteur sera en heure, par contre il faudra formuler sa demande en jour et on ne pourra commencer à consommer ce droit que
lorsque tous les congés légaux auront été épuisés, etc.
A l’évidence, gérer des congés n’était plus une simple tâche exprimée sous forme de « plus » et de
« moins » mais bien un processus de gestion RH à part entière.Le paramétrage complet des règles d’acquisition de droit à congés, le report des reliquats d’une année sur l’autre, le
versement dans le plan d’épargne selon certaines conditions, le calcul des provisions pour congés, sont devenus des mini programmes codifiés à base d’algorithmes plus ou moins complexes donnant
du fil à retordre à tous les services paie sans exception.
Et puis sont arrivées les 35 heures et là, en plus d’une nouvelle complexité est venue s’ajouter un volume de demandes à
traiter tel qu’aucun service de gestion ne l’avait jamais envisagé. Si les jours accordés au titre de la réduction du temps de travail ont largement contribué à relancer l’activité touristique en
France, ils ont également contribué à l’essoufflement de nombreux centres de gestion de personnel. La plupart des salariés se voyant attribuer un nombre considérable de jours de congés en plus de
ceux déjà existants, se sont mis à déposer des demandes « en veux-tu en voilà ». De 3 à 4 demandes de congés par an et par salarié, les services administratifs de la DRH ont vu affluer
jusqu’à 20 demandes annuelles d’absence sous forme de RTT (réduction de temps de travail) associées à des demandes de congés, accolées à des week-end, ou tout simplement pour rester chez
soi.Indépendamment du fait que tout ceci nous place en tête de la liste des pays les plus gâtés en matière de congés, il a fallu dans l’urgence trouver des solutions pour éviter l’engorgement des
services RH et l’embauche de nouveaux collaborateurs totalement dédiés à la gestion des 35 heures.
Ce fut le point de départ d’une ère nouvelle où savoir-faire et nouvelles technologies ont su se rencontrer pour donner
naissance à la e-GRH (voir la rubrique éponyme).